Un ange qui passe..
Un mercredi au village.
Jour de vaccination, les consultants affluent par dizaine à pied en groupe ou ramenés en voiture transit..
Entre la vaccination des anciens, les nouveau nés, les registres, la surveillance des femmes enceintes les consultants "normaux" les urgences en plus...
Ce mercredi là j'avais dans ma salle de soin une foule de femmes autour de moi, chacune avec un cadeau une miniature dans les bras.
Excédée à sermoner une femme qui a eu l idée de quitter le banc pour se mettre par terre au beau milieu de la salle, le bébé qui traine et cool. Les femmes ne comprennent pas mes petites crises quand leurs momes pissent debout partout pire quand elles veulent arranger la chose elle font mine de nettoyer avec la couverture du bébé le parterre souillée de sécrétions digestives ou urinaires; apres cela on se demande pourquoi ces enfants souffrent de diarrhée ou autre.
Le péril fécal ou le péril d'ignorance?
Mes wak wak et la illaha ila Allah sont accueillis avec les sourires,des fois meme, avec des éclats de rire.
"OOh la doc on va la rendre folle!" ou bien "c'est troop pour elle que Dieu l'aide" ou bien "c'est bien ce qu'elle fait que ses actions soient acceptés par le bon Dieu"..
Je dis Aaaaamine.
Certains arrogants m'achevent avec les "alleeez oooh vite on a faim!"Ou "la voiture nous attend faites vite" et j'en passe..
Ce mercredi là je sors de ma salle en entendant une voix masculine dans le couloir; je sors en vitesse chasser le classique supposé intrus qui d' habitude aime jouer la carte de l' intimidation ou du jmenfoutisme pour devancer les files d attente.
Une seringue à la main je fais passer ma tete dehors, en face de moi a coté de mon bureau un homme en djellaba est planté, je lis le choc contenu à peine dans ses yeux. J'ai le regard dur quelques secondes,je le sens dejà cloué sur place je ne sens pas le besoin d'aboyer des reproches,tant mieux je retourne à mes momes vociférants sous les injections, une femme me demande quelque chose je lui demande de me suivre dans le bureau en criant aux deux suivantes de rentrer pour la vaccination. Je leur arrache vite leur carnets de vaccination des pants de leur tissu pour faire vite.. Je repasse devant le monsieur aves la femme qui me suit, je lance un salam rapide en refixant lègerement son regard, je finis avec ma dame, et la je m'attaque au mister qui me fixe toujours. Grand un visage d'ange blond, marocain ou ?
Il enchaine en balbutiant apres un salam mou à la locale(j'en ai horrreeur) on dit que j'ai la poignée de main masculine, je ne comprends pas qu'on salue autrement que fermement, c'est plus fort que moi, je ne peux faire confiance aux mains moites laches sans ames, un contact faux ou collant..Quand j'ai affaire une fois à cette main dégoutante je ne reitère jamais l'experience, je prefère garder ma "poignée"cachée..
Le garçon parle amazigh mieux que moi mais pas assez pour cacher un léger accent..Il me dit etre americain à la recherche de mon volontaire américain; je lui pardonne tout de suite sa poignée volontairement lache, il a surement pensé bien faire en imitant le salut montagnard avec les doigts, un signe d'intégration forcé, juste trompé de carte..Je souris en lui demandant de m'attendre un moment. Je le presse quand meme de s'asseoir, je quitte son sourire amusé de m'entendre parler sa langue, faux mais avec un bon accent je suppose..
Deux cas de moins et hop..Mon Yankee est toujours là , je ne peux m empecher de lui demander des détails sur sa venue il m'explique avoir été volontaire dans la région il y'a bien longtemps, un amoureux du M'goun donc? Il me dit avoir fait des camps de réfugiés entre autres, mais etre resté marqué par son experience dans les montagnes..
"I am soo impressed" me lance le garçon chaque 2 mn, il m'explique sa grande surprise de me trouver femme doc dans un pareil décor.
TBARK ALLAH ALIK sans un accent
Je lui réponds Allah ibark fik je le remercie pour ses encouragements insistants et le quitte dans la précipitation pour finir les consultants qui s'empilent..
J'ai gardé l'étrange sentiment persistant ce jour là, que cet étranger venu du bout de la terre, était un signe du ciel.

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